vendredi, juillet 31, 2026
nouvelles de la paroisse

Entretien avec le Cardinal Robert Sarah

Dans une nouvelle interview vidéo, cinq ans après Traditionis Custodes, le cardinal donne son avis sur l’avenir du vetus ordo et avertit que la « synodalité » et le paganisme rongent l’Église de l’intérieur.

L’entretien avec Diane Montagna a eu lieu le 29 juin, solennité des saints Pierre et Paul, à la clôture du deuxième consistoire extraordinaire des cardinaux du pontificat du pape Léon XIV. La vidéo et sa transcription écrite ont été publiées peu après sur son blog, le 16 juillet 2026.

 

DM : Votre Éminence, le deuxième consistoire extraordinaire des cardinaux du pontificat du pape Léon XIV vient de s’achever. Quelle a été votre impression générale de ce consistoire ? L’avez-vous trouvé utile ? Et pensez-vous que des changements soient nécessaires, par exemple dans sa forme ou son déroulement ?

+RS : Je pense que l’expérience que nous avons vécue en janvier a été bonne. C’est la deuxième fois que nous nous réunissons pour mieux nous connaître, ce qui est très positif, car il n’y avait pas eu de consistoire depuis des années. C’est en tout cas une expérience enrichissante, car elle nous permet d’écouter, de connaître les personnes, leurs idées, leurs orientations doctrinales et morales, leurs préoccupations pastorales.

Cela me semble donc positif, car cela nous permet de nous informer sur la situation dans différents pays et cultures, et de constater que l’Église a de nombreux défis à relever. Il est donc bon que les cardinaux se réunissent de temps à autre pour partager leurs préoccupations et apprendre à se connaître.

La nouvelle approche consiste à se réunir en petits groupes linguistiques pour approfondir les sujets, s’exprimer plus facilement et permettre à chacun de prendre la parole.

Cependant, il me semble préférable d’adopter une méthode plus adaptée à notre condition d’évêques, qui devons nous exprimer publiquement devant tous – peut-être en assemblée plénière, et non en petits groupes. Mais le Saint-Père a choisi cette méthode, nous devons donc nous y adapter. Il y a, en tout cas, un moment de partage public – l’assemblée plénière – mais ces moments sont très courts, très limités.

Ainsi, je dirais que lors de ce deuxième consistoire, nous avons abordé de nombreuses questions – à mon sens, des questions de société. Nous avons parlé de paix, de guerre, de violence, de drogue ; nous avons parlé de dialogue. Ce sont des questions importantes. Nous avons cherché à réfléchir à la manière dont l’Église peut contribuer à des sociétés plus pacifiques et plus fraternelles.

Mais il me semble que l’Église doit avant tout considérer le monde à travers le prisme de sa mission, dans l’optique d’apporter au monde, qui a besoin de lumière, ce qu’il faut. Non seulement écouter, non seulement dialoguer, mais aussi apporter la lumière de Dieu – non pas notre propre lumière, mais la lumière divine – à un monde plongé dans les ténèbres. Je crois que s’il y a guerre et violence, c’est parce que nous sommes coupés de la paix qui est Dieu et de la lumière qui est Dieu, et c’est à l’Église qu’il incombe d’apporter la lumière de Dieu au monde.

Ainsi, tout en abordant ces problèmes réels et complexes, le Consistoire devrait approfondir la mission de l’Église. Pourquoi en est-on arrivé là ? Pourquoi y a-t-il la guerre ? Pourquoi y a-t-il de la violence ? Pourquoi y a-t-il une pénurie de prêtres ? Pourquoi la pratique religieuse est-elle si faible ? Voilà ce qui devrait nous préoccuper. Malheureusement, je ne pense pas que nous ayons abordé ces problèmes, qui concernent la mission de l’Église.

 

DM : Les journalistes ont reçu un compte rendu des différentes sessions du Consistoire. Les discussions semblaient très horizontales. Les problèmes du monde ont été abordés, mais il semble qu’on ait peu parlé des défis internes de l’Église, de ses richesses spirituelles et de la réalité du surnaturel. Partagez-vous ce constat ?

+RS : Il me semble que c’est là l’essentiel. Autrement dit, oui, nous devons regarder autour de nous, mais nous devons aussi regarder l’Église : l’Église dans sa mission, l’Église dans sa structure, dans son organisation, comment elle s’adapte, comment elle conçoit sa mission aujourd’hui, quelle est sa mission.

Il me semble que notre mission est de donner la lumière, de donner le Christ au monde, de faire connaître le Christ au monde. Pour cela, nous avons besoin de prêtres, de personnes engagées dans l’Évangile. Qu’avons-nous fait de l’Évangile aujourd’hui ? Des sacrements – car le Seigneur veut sauver par sa Parole, mais aussi par ses sacrements.

Quelle est la relation entre l’homme et Dieu aujourd’hui ? Autrement dit, comment vivons-nous la liturgie aujourd’hui ? Avec une sincérité et une vérité profondes, car sans une liturgie vécue pleinement, notre foi ne peut être solide – « lex orandi, lex credendi », c’est-à-dire, « comme on prie, ainsi on croit ». Ainsi, tous ces problèmes au sein de l’Église doivent être au cœur de nos discussions et de nos réflexions. Non pas que nous devions trouver toutes les solutions, mais cela devrait être, à mon sens, la préoccupation première du Consistoire. Certes, regardons le monde qui nous entoure, mais regardons aussi l’Église et sa mission. Le Seigneur est clair : « Je vous envoie dans le monde pour évangéliser, baptiser, faire des disciples de toutes les nations. » C’est parfaitement clair.

Mais comment vivre cette mission si claire aujourd’hui ? Il me semble que c’est là le sujet essentiel : ne pas se préoccuper uniquement des problèmes sociaux, certes graves et importants, mais aussi de notre mission.

 

DM : La liturgie devait être abordée au consistoire de janvier, mais, faute de temps, les cardinaux n’ont pu retenir que deux des quatre sujets initialement proposés. On s’attendait donc à ce que la liturgie soit discutée lors de ce consistoire, mais finalement, elle n’a pas été inscrite à l’ordre du jour. Espérez-vous qu’elle le sera au prochain consistoire ?

+RS : Je pense que cela dépend du Saint-Père, mais aussi de nous, de notre volonté d’aborder ce sujet, si important pour la vie de l’Église. Espérons qu’au prochain consistoire, si nous avons un ou deux sujets, la liturgie en fera partie, car il me semble qu’aujourd’hui, la liturgie est un sujet urgent – c’est-à-dire la relation entre l’homme et Dieu. Dieu est le Créateur, et l’homme doit s’agenouiller devant Dieu, l’adorer, le remercier, se soumettre à sa volonté, revenir à Dieu, car nous nous éloignons de plus en plus de lui – l’écouter, prier, car prier, ce n’est pas seulement parler à Dieu, c’est aussi l’écouter.

De plus, lorsque nous parlons d’écouter le monde, la première chose à écouter est Dieu, sa Parole, car Il est omniscient. Il sait où nous allons, Il nous montre le chemin à suivre. Écouter la Parole de Dieu est une prière, car saint Paul dit que nous ne savons pas prier, mais l’Esprit Saint prie en nous, Il vient à notre secours et prie en nous, Il crie : « Abba ! Père !»

Il est donc urgent, à mon avis, d’aborder cette question, essentielle pour l’Église. Si la liturgie est au cœur de notre vie quotidienne, au cœur de l’assemblée dominicale, et si Dieu est au cœur de tout ce que nous faisons, alors peut-être y aura-t-il moins de violence, moins de guerres, car Il nous montrera comment vivre ensemble, car nous aurons appris à vivre avec Lui.

J’ai toujours raconté cette légende musulmane : un homme nommé Abdalwahid Ibn Zeid voulait savoir qui serait sa voisine au Ciel. On lui répondit : « Ta voisine au Ciel est Maïmouna, une jeune fille. » Et il a demandé : « Mais où est cette fille ? » On lui a répondu qu’elle était à Kufa, dans un village du même nom.

Il se rendit donc à Kufa et demanda aux habitants : « Qui est Maïmouna ici ? » Ils répondirent : « Maïmouna est une femme un peu folle qui garde des moutons près du cimetière. » Abdalwahid alla au cimetière et vit Maïmouna en prière. Mais ce qui l’étonna, c’est que les moutons de Maïmouna côtoyaient les loups : les loups ne les mangeaient pas et les moutons n’avaient pas peur des loups. Après sa prière, Abdalwahid Ibn Zeid demanda à Maïmouna : « Comment fais-tu pour que tes moutons vivent si paisiblement avec les loups ? » Elle répondit : « J’ai amélioré ma relation avec Dieu, et Dieu a amélioré la relation entre les loups et les moutons. »

Ainsi, si notre relation avec Dieu s’améliore, nos relations avec les autres seront également plus paisibles. Je suis donc convaincu que la liturgie est une relation de confiance, de soumission à Dieu, et si cette relation est bonne, Dieu rendra nos relations bonnes, et notre travail aussi. Il apportera la paix à l’humanité, dans l’Église, dans le monde — mais une liturgie sacrée, non un jeu, non un divertissement.

 

DM : Il y a un an, une enquête menée par le Dicastère pour la Doctrine de la Foi auprès des évêques a révélé qu’elle contredisait la justification officielle de Traditionis Custodes, montrant que la majorité des évêques souhaitaient maintenir le cap de Summorum Pontificum du pape Benoît XVI.

En mars 2026, le pape Léon XIV a adressé une lettre aux évêques français, les invitant à une plus grande ouverture envers le Vetus Ordo. Que pensez-vous que les évêques français – et plus généralement les évêques de rite romain – devraient faire à ce stade ? Et que pourrait faire le Saint-Père pour promouvoir la paix liturgique ?

+RS : Il me semble que le Saint-Père a bien fait d’écrire aux évêques français, les encourageant à être plus ouverts au rite ancien, à la messe traditionnelle, car c’est une messe que nous célébrons depuis des siècles. Et le pape Benoît XVI a dit que ce qui était sacré hier reste sacré aujourd’hui.

On ne peut pas simplement l’effacer. De plus, cette messe a été célébrée par les saints et a donné naissance à tant de saints. Pourquoi ne serait-elle pas possible aujourd’hui ?

Je pense donc que nous devrions encourager tous les évêques à être plus paternels, plus ouverts, car même au sein de l’Église catholique, il existe de nombreux rites : le rite mozarabe, entre autres, et le rite ambrosien. Je ne vois donc pas pourquoi nous devrions être si radicaux au point de la supprimer, c’est-à-dire de l’empêcher. Je ne sais pas de quelle autorité nous disposons pour interdire une liturgie célébrée depuis des siècles.

Ainsi, je pense que ce qui a été écrit aux évêques français doit s’appliquer à tous les évêques : soyez plus ouverts, afin de ne pas créer de divisions inutiles. Par ailleurs, cette liturgie tridentine a 1.600 ans. Nous ne pouvons pas dire que ce qui a été fait pendant 1.600 ans n’est plus valable aujourd’hui.

 

DM : Mais certains évêques affirment que Traditionis Custodes ne les autorise pas à célébrer la messe selon le rite ancien dans les églises paroissiales. Comment faire pour que le clergé diocésain puisse célébrer plus largement la messe traditionnelle et administrer les autres sacrements selon le rite ancien ?

+RS : Eh bien, en tout cas, ce raisonnement est dommage, car avant il y avait Summorum Pontificum de Benoît XVI qui autorisait tout. Puis vint le pape François, et maintenant le pape Léon XIV encourage l’ouverture. Nous devons donc suivre les enseignements du pape Léon XIV : ne pas être réfractaires à ce qui est sacré, beau et propice au recueillement. Cette messe favorise le recueillement, le silence. De nombreux jeunes y assistent car ils y trouvent un aspect positif.

Je dirais donc que ce que le pape Léon XIV a écrit aux évêques français doit s’appliquer à tous les évêques du monde : soyez ouverts. Pourquoi créer des divisions sur la liturgie ? Cela déplaît au Seigneur. Car le Seigneur désire une famille ; il a prié pour l’unité de l’Église. La dernière prière de Jésus était pour qu’ils soient un. Nous ne devons donc pas faire souffrir le Christ par des divisions liturgiques. Nous devons trouver la paix, car on ne peut prier efficacement dans la division, dans la haine. Ainsi, je dirais : suivons les directives du pape Léon qui encouragent une plus grande ouverture.

 

DM : Mais faut-il abroger Traditionis Custodes ? Serait-ce l’idéal ?

+RS : Oui, espérons-le. Cela dépend de la décision du Saint-Père, mais on pourrait peut-être l’aider. Si, par exemple, lors d’un consistoire, il suggérait – soyons plus ouverts, ne faisons aucun obstacle – de sorte que, même sans document abrogeant Traditionis Custodes, ce texte disparaisse progressivement, jour après jour, année après année.

Je ne suis pas vraiment favorable à ce qu’un pape déclare une chose et qu’un autre l’annule – l’Église est une continuité. Ce qui est annulé n’est pas un texte valide, car l’Église est une continuité. Surtout s’il n’y a pas de problèmes de doctrine, de morale – pourquoi l’annuler ? Je dirais donc : laissons Traditionis Custodes disparaître progressivement.

Le pape Léon XIII n’a pas besoin d’écrire un texte l’abrogeant. Non, qu’il la laisse telle quelle et dise simplement « continue », et ce texte disparaîtra peu à peu.

 

DM : L’un des sujets abordés au Consistoire était le Synode sur la synodalité et sa phase de mise en œuvre. Le cardinal Mario Grech, secrétaire général du Secrétariat du Synode, a présenté cette phase. Il semblerait que certains cardinaux se soient opposés à la poursuite de ce processus synodal. Quel est votre avis ?

+RS : Pour ma part, je n’ai jamais compris ce changement d’appellation de l’Église en « Église synodale ».

J’ai toujours cru que l’Église est le Corps mystique du Christ, l’Église est Mère, l’Église est Maîtresse, l’Église est Épouse. C’est magnifique, n’est-ce pas ? Mère, épouse, éducatrice. Je ne comprends pas pourquoi on lui donnerait un autre nom.

Il y a donc eu – certains y sont favorables – mais la réaction a été véritablement face à une nouveauté inexplicable, qui ne se trouve ni dans la manière dont l’Église s’est toujours exprimée, ni dans aucun document, y compris ceux du Concile Vatican II – on n’y a jamais parlé de « synodalité ». On parlait du Synode – le Synode des évêques. De même, on n’y a jamais parlé de la conception actuelle du Synode – c’est-à-dire comme l’assemblée de tous les chrétiens et non comme le Synode des évêques.

Nous modifions donc naturellement la vision du Synode. Il y a eu, en effet, une discussion mettant en lumière les lacunes, et aussi le danger, de cette terminologie. Et puis, il y a l’absence de tout document […], de tout document de l’Église à travers les siècles.

Pourquoi cette innovation ?

 

DM : Et quel est le danger ? Qu’est-ce que cela change ?

+RS : Parce que l’Église n’est pas une assemblée de tous les chrétiens qui doivent voter, qui doivent donner leur avis. L’Église doit enseigner, et ce sont les évêques, les prêtres qui enseignent.

 

DM : Et pourquoi ? Qui leur a donné le pouvoir d’enseigner ?

+RS : Le Christ – « Allez et enseignez.» Ce n’est pas une tâche que nous avons prise sur nous-mêmes ; nous l’avons reçue du Christ. Par l’ordination sacerdotale, nous devons prêcher, porter l’Évangile à tous, faire connaître Jésus, mort et ressuscité.

Nous, prêtres, nous, évêques. Et naturellement, le Pape a la mission de confirmer la foi des frères. Pas n’importe quel synode, n’importe quelle assemblée.

Non, le Pape, avec les évêques unis à lui. L’idée est donc d’organiser une assemblée avec tout le monde, où chacun peut voter – que beaucoup puissent voter. Mais une doctrine ne se vote pas, elle ne peut faire l’objet d’un vote. Un enseignement moral ne se vote pas non plus ; c’est un enseignement reçu de Dieu.

Ce n’est pas parce que la majorité considère l’homosexualité comme une bonne chose qu’elle est juste, alors que l’Apocalypse et le Catéchisme la présentent clairement comme un désordre. Le terme « synodalité » est donc très abstrait, et sa signification reste floue.

Traduire « synodalité » dans nos langues est même difficile, voire impossible. Que signifie « Église qui marche » ? L’Église est envoyée, elle ne se contente pas de marcher. L’Église est missionnaire.

Ce thème a été développé non seulement au Concile, mais aussi sous Jean-Paul II : l’Église est missionnaire. Jean-Paul II l’a affirmé lui aussi : l’Église est missionnaire. Pourquoi changer ce terme, si beau et si riche de sens ? « Église synodale » — qu’est-ce que cela signifie ? Rien.

 

DM : Vous avez évoqué la question de l’homosexualité. Lors du consistoire, le cardinal Burke a exprimé son inquiétude concernant le rapport du Groupe d’étude n°9, qui appelle à un changement de paradigme et inclut deux témoignages écrits d’hommes mariés à des personnes du même sexe, amis du père James Martin. Ce rapport est actuellement transmis aux diocèses dans le cadre des assemblées locales. Selon vous, quelle devrait être la position du pape à ce sujet ?

+RS : Quoi qu’il en soit, si nous voulons être fidèles à la Révélation, si nous voulons être fidèles au Catéchisme de l’Église catholique, si nous voulons aussi suivre la nature, je pense que ce document doit être examiné par le Saint-Père avant sa diffusion, car il ne faut pas qu’un groupe occidental, avec une tendance spécifiquement occidentale, cherche à s’imposer à toute l’Église – comme ce fut le cas avec Fiducia Supplicans. Il y aura des réactions. Le Saint-Père devrait donc vraiment examiner attentivement ce document avant d’en autoriser la publication pour le monde entier. Il ne faut pas que l’histoire des Supplicans de Fiducia se répète.

De toute façon, j’ignore qui compose ce Groupe d’étude n°9, qui sont ces experts, de quelle nationalité et de quelle culture ils sont issus. Sont-ils africains, asiatiques, européens, océaniens ? Car on ne peut publier un tel document sans l’autorisation du Saint-Père. Il devrait d’abord l’étudier attentivement, avec des personnes sérieuses, qui aiment l’Église et ne veulent pas offenser Dieu, car Dieu est clair sur ce point.

Je pense que le Saint-Père est très prudent et n’autorisera pas la diffusion d’un texte qu’il n’a pas approuvé après un examen approfondi.

 

DM : Votre nouveau livre, intitulé 2050, a récemment été publié en français. Qu’est-ce qui vous a inspiré pour l’écrire, et comment voyez-vous l’avenir de l’Église en 2050 ?

+RS : Oui, dans ce livre, j’ai étudié sérieusement la question de la foi : qu’est-ce que la foi, que croyons-nous et à quoi ressemble la foi aujourd’hui ? Il y a une véritable crise de la foi. J’étudie également le sacerdoce. Il y a une crise grave, non pas simplement parce que nous sommes peu nombreux – car le Christ a désigné douze apôtres pour le monde entier. Nous ne sommes pas peu nombreux.

Même au VIIe siècle, le pape Grégoire le Grand disait qu’il y avait trop de prêtres – au VIIe siècle ! Que dirait-il aujourd’hui, alors que nous sommes 400.000 ? Mais Grégoire affirmait que beaucoup avaient accepté le sacerdoce sans en accomplir le ministère. Aujourd’hui, nous tenons le même discours, de manière horizontale : nous n’amenons pas les gens à Dieu, nous avons perverti la liturgie. C’est aussi un thème que j’étudie : la liturgie, devenue une sorte de divertissement, une manière d’inculturer la liturgie et le message chrétien. Toute culture doit s’adapter, bien sûr, mais je ne sais pas quelle culture peut englober l’Eucharistie – aucune. Un Dieu qui s’est fait chair, qui est devenu nourriture – aucune culture ne le peut.

Et saint Basile disait aussi que la culture est comme une figue de sycomore : son fruit n’est pas comestible, car il est amer. Mais lorsque le fruit se forme, il faut à un certain stade l’entailler pour que la sève amère s’écoule, ce qui déclenche sa maturation et le rend comestible. Saint Basile dit que nos cultures sont comme le sycomore : le Logos, le Christ, doit les entailler pour que la sève amère, immangeable et incompatible avec l’Évangile, soit chassée.

Ainsi, nous ne pouvons pas insister sur la culture, car le Christ n’est pas venu la promouvoir ; l’Évangile est la culture nouvelle. J’ai également étudié ce sujet, car la liturgie se dégrade, même en Afrique, où nous avons une liturgie très vivante, avec des danses et des cris. Je ne sais pas si Dieu approuve cette manière de prier.

J’étudie aussi le paganisme qui s’infiltre dans l’Église.

Déjà, en 1958, avant le Concile, le pape Benoît XVI, alors professeur, affirmait qu’auparavant, notre Église rassemblait des païens convertis au christianisme, et ils restaient chrétiens. Aujourd’hui, nous sommes des chrétiens devenus païens, tout en nous réclamant être chrétiens.

La seule fois où j’ai ressenti le besoin de critiquer le pape François, c’est parce qu’il a dit… En fait, avant le pape François, lors du Synode sur l’Amazonie, je me demandais : l’Amérique latine n’a-t-elle pas une Vierge vénérée dans chaque pays ? La Vierge de Guadalupe… Pourquoi n’a-t-on pas fait venir Guadalupe pour présider ce synode ? À la place, on a apporté une idole inca, qui est entrée dans la basilique Saint-Pierre.

Nous l’avons portée en procession de la basilique jusqu’à la salle Paul VI, et elle est restée devant nous pendant toute la durée du synode. La Pachamama est restée ainsi pendant tout le synode. Pourtant, lorsque nous, chrétiens, sommes arrivés en Afrique, les missionnaires disaient aux nouveaux chrétiens : « Chassez ces idoles, brûlez-les ! »

Un catéchumène de mon pays a été tué par sa famille parce qu’il voulait abandonner les idoles. Sa famille lui disait : « Non, tu ne dois pas les abandonner. » Mais il a dit : « Je suis chrétien », et ils l’ont tué. Et maintenant, nous accueillons la Pachamama dans la basilique.

Deuxièmement, lors de sa visite à Singapour, le pape François a déclaré que toutes les religions sont égales, qu’elles sont comme des chemins, des langues, des dialectes différents. Toutes mènent à Dieu. Mais alors, quel est le sens de l’Incarnation ? Quel est le sens de l’amour du Christ, si toutes les religions peuvent mener à Dieu ? Le Christ ment donc lorsqu’il dit : « Nul ne va au Père que par moi, je suis la porte. » Autrement dit, un pur paganisme s’est infiltré dans l’Église.

Voilà donc le problème. Et puis, il y en a bien d’autres : la liturgie, la famille – la famille est elle aussi en train d’être détruite aujourd’hui. La Manif pour tous en France. La vie n’est plus considérée comme précieuse ; elle n’est plus sacrée. Tout ce que Dieu interdit, on le rejette.

Un seul mariage ? « Non. » On peut divorcer ; c’est légal. La vie est sacrée ? « Non », elle n’est pas sacrée. On peut tuer un enfant dans le ventre de sa mère.

Une personne âgée n’est plus utile, alors on la tue, c’est l’euthanasie. Dieu ne m’a pas créé ; je dois me créer moi-même. Si je veux être une femme, je deviens une femme. Si je veux être un homme, je deviens un homme. Si je veux être neutre… quelles choses laides !

Si nous suivons cette voie, où allons-nous ? Alors, je me suis demandé : dans vingt-cinq ans, l’Église sera-t-elle encore un phare ? Ou sera-t-elle une voix lointaine, oubliée ? Sera-t-elle encore capable d’enseigner ?

Sans répondre à cette question, il est clair que l’Église restera lumière. Car l’Église n’est pas nous. Aujourd’hui, la tendance est de vouloir une Église qui nous soit propre, une Église que nous fabriquons, que nous créons. Une « Église synodale », une « Église pour les pauvres », une Église comme ceci, une Église comme cela. Mais l’Église n’est pas mienne.

Aucun pape ne peut dire : « Je veux une Église comme ceci. » Car le pape n’est que le roc sur lequel le Christ bâtit son Église. L’Église appartient au Christ ; elle n’est pas à nous.

Alors, oui, c’est ma propre question, mais je maintiens : oui, l’Église restera la lumière. Car sans la lumière du Christ, il y aura les ténèbres. Il y aura ténèbres et désespoir.

Il n’y a pas d’espoir pour l’homme. Le Christ est notre espoir. Alors je réponds oui – en 2050, oui, l’Église restera la lumière de Jésus-Christ. Mais nous devons nous convertir au Christ ; il ne s’agit pas pour le Christ de se convertir à nous, à nos idées, à notre changement de paradigme. Non.

Ceci est… Oui, c’est un livre qui est très… En tout cas, il est très… Ce que j’avais écrit était beaucoup plus percutant… Mais il a été tronqué.

Lorsqu’un père dominicain m’a écrit, il m’a dit : « Je partage votre pensée. » Et je lui ai répondu : « Merci, je voudrais vous envoyer mon manuscrit. » Il l’a lu et m’a dit : « Il est parfait, il est plus fort, plus courageux. » Ils l’ont tronqué.

 

DM : C’est-à-dire que l’éditeur l’a tronqué ? La maison d’édition l’a tronqué ?

+RS : Oui, ils l’ont tronqué. Alors, je voulais trouver une maison d’édition qui le publierait en entier. Pas sous ce titre, bien sûr… quelques corrections, mais le texte intégral. C’est ce que je souhaitais.

Je l’ai écrit car nous ne pouvons vraiment pas laisser les gens dans la confusion. Car le Seigneur demandera : « Je vous ai confié cette mission. Qu’avez-vous fait ? Avez-vous proclamé Mon message, Ma doctrine ?»

Nul ne peut changer la doctrine du Christ. Il a dit lui-même : « Ma doctrine n’est pas de moi, elle est de mon Père.» Nul ne peut changer la doctrine morale ni aucune autre doctrine. Non, personne. Car elle ne nous appartient pas. L’enseignement que nous transmettons n’est pas le nôtre. Il est celui de Dieu. Il ne peut y avoir de changement radical.

Mais je pense, en tout cas, que nous devons garder la paix : le Christ n’abandonnera pas son Église. Il restera avec elle jusqu’à la fin des temps. Et ainsi, l’Église restera la lumière.